Collectif d’acteurs

A partir de
Le droit du plus fort ,
Tous les autres
s’appellent Ali
,
Maman Küsters
s’en va au ciel

Trois scénarios de
Rainer Werner Fassbinder

Mise en scène
Pierre Maillet

 

CRÉATION
21 au 23 janvier 2019 > Comédie de Caen - CDN de Normandie
5 au 7 février 2019 > Comédie de Saint-Etienne - CDN

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Outre le fait de ne pas monter, comme de coutume, une pièce de Fassbinder qui fut aussi un grand dramaturge, le metteur en scène Pierre Maillet a l’idée judicieuse de relier trois histoires cinématographiques de l’auteur entre elles. Tandis que Maman Küsters s’entretient avec ses enfants, des nouvelles d’Ali sont diffusées, l’air de rien, à la radio. Les espaces-temps sont conjoints. Décrit tel un « Balzac » dans les journaux au moment de sa mort prématurée, Fassbinder avait à cœur de dépeindre l’Allemagne de son époque, un pays paralysé, triste et déshumanisé. Pierre Maillet l’a bien compris et ses comédiens aussi.
La distribution est excellente, consciente de l’esprit des personnages tiraillés entre conformisme néfaste et sincère empathie. L’interprétation éblouissante de Marilu Marini en Maman Küsters va même jusqu’à surpasser celle de Brigitte Mira, l’actrice originale du film. Moins engagé et intellectuel que le réemploi personnel de Stanislas Nordey dans « Je suis Fassbinder », l’hommage sur les planches de Pierre Maillet s’attache davantage aux émotions tragiques et à la sensualité de ces protagonistes. Le maître du mélodrame allemand aurait sans nul doute apprécié.

Ouest France – 22 janvier 2019

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Pierre Maillet met en exergue l’extrême actualité des questions soulevées par Fassbinder. Celle de l’intersectionnalité notamment qui, à travers l’apposition de ces trois scénarios, revêt une dimension nouvelle. L’articulation des dominations liées au genre, à la race à la classe et, fait assez avant-gardiste, à l’âge, est ici traitée sous un angle marxiste, mais non dogmatique. Peu importe le type de domination qui s’impose aux personnages semble nous dire Fassbinder, en dernière instance – pour reprendre l’expression consacrée – c’est toujours celle de classe qui prévaut.

Toute la force de Fassbinder, soulignée dans cette mise en scène, réside en ce qu’il ne glorifie aucunement une forme fantasmée de prolétariat. Les personnages issus du monde ouvrier apparaissent volontiers racistes, passablement rancunier et peu enclin à la solidarité de classe, lorsqu’ils ne succombent pas tout bonnement aux sirènes individualistes de l’idéologie petit-bourgeois. Le même traitement sans concession est réservé aux organisations politiques de gauche, Parti communiste en tête, qui sous couvert d’humanisme apparait comme bassement manipulateur quand il instrumentalise le malheur des classes opprimées à des fins électoralistes.

Dépassant de loin la simple exemplification et l’écueil du personnage-type, les relations humaines sont traitées de manière si fine – et il faut ici rendre hommage aux acteurs, Marilu Marini en particulier, formidable dans le rôle de Maman Küster – que l’on imagine aisément cette société allemande des années 1970 transposée à notre époque. Reste les hommes, leurs défauts, leurs fêlures et leurs luttes pour un bonheur qui n’est pas toujours drôle, pour reprendre le titre de la pièce. « Une grande saga pour les laissés-pour-compte et les minorités » selon les mots de Pierre Maillet, qui prouve que le spectre de Fassbinder n’a pas fini de hanter le théâtre français.

Mouvement – Par Thomas Ancona-Léger - 1er février 2019

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@ Théâtre des Lucioles 2019