Collectif d’acteurs
@Christian Berthelot


D’après "L’Intemporalité perdue et autres nouvelles"
d’Anaïs NIN
Traduit par
Agnès Desarthe
Editions NIL

Et des extraits de
Journal d’Amour, Journal de Jeunesse d’Anaïs NIN
et Une chambre à soi
de Virginia Woolf
Traduction : Agnès Desarthe

Mise en scène
Elise Vigier

Adaptation
Elise Vigier
Agnès Desarthe

Avec
Ludmilla Dabo
William Edimo
Jean-Christophe Folly
Nicolas Giret Famin
Louise Hakim
Makita Samba
Nantené Traoré

Assistante à la mise en scène
Nanténé Traoré

Scénographie
et régie générale
Camille Faure

Images
Nicolas Mesdom

Costumes
Laure Mahéo

***

Production
Les Lucioles Rennes
Coproduction
La Comédie de Caen CDN de Normandie
en cours de montage

L’Intemporalité perdue

Création 2022

L’autrice d’origine franco-cubaine de Vénus érotica (1903-1977), connue notamment pour ses journaux intimes et sa relation incandescente avec Henry Miller et sa compagne June, avait moins de 30 ans lorsqu’elle a rédigé « L’intemporalité perdue et autres nouvelles » entre 1929 et 1931.

Ces nouvelles mettent en scène des femmes d’environ trente ans qui, à la rencontre d’un art, changent de vie.

Les questions qui traversent toutes ces nouvelles sont l’amour, le temps et l’art. Elles sont posées de manière très simple : par un détail révélé, par un amour décalé. Tous ces personnages tentent d’échapper à des assignations : le statut bourgeois, le fait d’être une femme et de devoir répondre à cette norme, le fait d’être un homme et de devoir répondre à cette fonction, les carcans des conventions et des hypocrisies sociales. Soudain grâce à la rencontre avec un art (le chant, la danse, les livres), avec l’amour, un changement se produit, une sortie de route. La force et la puissance de cette rencontre créent de la liberté, parfois violemment, parfois en douceur, mais un détail de la vie révèle la vie.
Tous ces protagonistes tentent d’inventer leur vie et d’être libres dans leurs amours et leurs pensées en dehors de toute convention.

C’est cette tentative qu’Anaïs Nin écrit. Cette tentative peut aussi s’appeler le désir.

Ses nouvelles m’ont tout de suite touchée car elles contiennent quelque chose d’inexplicable, de secret. Elles parlent de ce rapport très intime à la pratique d’un art ou aux métamorphoses produites par la rencontre d’un grand amour. Pour moi, elles parlent de ce dont on ne parle pas, et de ce dont on ne peut pas parler : de l’amour et de la liberté.

Et il y a de manière très étrange, magnétique et « prémonitoire » dans ces nouvelles, des expériences qu’Anaïs Nin vivra plus tard, comme si le corps pouvait parfois contenir tous les corps depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse en une seule seconde.

J’ai immédiatement pensé aux acteurs d’Harlem Quartet avec qui je venais de travailler. J’ai aimé travailler avec eux, sans doute aussi parce que James Baldwin parle d’amour.
La forme « des nouvelles » permet de n’en lire qu’une ou d’en lire plusieurs, de circuler dedans. Transposer, traduire cette forme au théâtre, jouer une nouvelle, en jouer plusieurs.
Le point commun à toutes ces histoires, c’est une rencontre, un évènement qui fait que l’on n’est pas ce que l’on pensait être, ou qu’on quitte ce qu’on était.

Dans quelle classe sociale, dans quelle couleur de peau, dans quelle figure, celle de la femme bourgeoise, celle de l’artiste, celle de l’ouvrière, celle de la femme mariée… dans quelle catégorie sommes nous immédiatement étiquetés que l’on soit russe ou tzigane (comme dans les nouvelles « Le russe qui ne croyait pas aux miracles et pourquoi » et « Le sentiment tzigane » ) ?
Cette échappée grâce à l’art, mais « l’art » pas du tout comme une chose sacrée, l’art comme une rencontre avec un être, un objet, une matière, un rythme ou un chant. Un surgissement dans la vie quotidienne.

Élise Vigier

***

J’ai découvert Anaïs Nin en traduisant « L’intemporalité perdue et autres nouvelles », sous l’impulsion de Claire Do Sêrro, éditrice chez Nil. Je ne connaissais de cet écrivain que les clichés attachés à son personnage d’aventurière sentimentale, d’expérimentatrice érotique, mais j’en savais fort peu sur sa parole et son imaginaire poétique.

Les histoires réunies dans ce recueil de jeunesse tournent autour de la création, de la relation à l’art, de l’enfance. Des couples apparaissent, mère-fille, amant-amante, duo de danseuses et de danseurs. On y découvre un questionnement inlassable sur la genèse du sentiment artistique et sur les perturbations qu’il entraîne dans les relations amoureuses.

Une candeur inouïe habite ces pages, liée davantage au désir de sincérité et à la posture assumée de l’observatrice qui suspend tout jugement qu’à une forme d’immaturité. La femme-enfant est aussi une mère-poule, comme le remarque Fernand Seguin lors d’un entretien accordé par Nin à la télévision canadienne en 1970. Impossible d’assigner l’écrivain à une place, à un rôle, à un personnage : sans cesse, elle échappe, elle surprend. C’est cette versatilité intense qui a, je crois, séduit Elise Vigier.

Lorsqu’elle m’a proposé de travailler avec elle à une adaptation théâtrale de ce texte, j’ai aussitôt senti que, telle une enquêtrice du réel et grâce à la conscience aigüe qu’elle possède sur les liens entre les rêves et la texture même du quotidien, Elise allait donner vie à une lecture contemporaine, spatiale et fortement incarnée. Je l’écoutais et le livre que j’avais traduit se changeait en pop-up. Les cases dans lesquelles chaque nouvelle se nichait, se trouvaient matérialisées par des pièces, les alvéoles d’un habitat urbain susceptible de recréer visuellement la cohabitation d’histoires différentes au sein d’un même volume, de conserver la polyphonie inhérente tout en cultivant les vibrations secrètes et les systèmes d’échos liés aux résonnances que fabriquent entre elles les multiples intrigues.

Traductrice de Virginia Woolf, je songe aussi qu’un rapprochement entre ces deux femmes écrivains (Woolf et Nin), diamétralement opposées par certains aspects autant que voisines par d’autres, peut créer un effet de perspective fertile. Le dialogue entre les auteurs se double d’un dialogue entre les formes (journal/nouvelle). Nous nous trouverons ainsi dans le laboratoire où s’élabore la fiction à partir du vécu, de la même façon que lorsque nous vivons, nos journées sont façonnées – qu’on s’en rende compte ou non – par nos rêves.

Agnès Desarthe

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